Art numérique

Benjamin Marquès

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Benjamin Marquès – Marée Gravitique.

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Benjamin Marquès est un grand voyageur, héritier de la tradition des navigateurs portugais du XVIe siècle. Mais, dit-il, « les plus beaux voyages, je les ai faits ici dans l’atelier ». Ses toiles sont des cartographies imaginaires où surgissent des îles mythiques, ou des constellations, des planètes – Mars la rouge, par exemple.

Toute une série est consacrée aux Galaxies : périple intérieur autant qu’exploration visionnaire de l’infiniment grand. Les planètes visitées en songe acquièrent sur la toile une véritable identité avec leur géographie, leurs reliefs.  La rêverie va naître de la tache, véritable provocateur optique, faisant sourdre non seulement des planètes, mais aussi des continents disparus, des îles englouties, comme ces Hespérides refluantes surgissant du tréfonds des mers. Marquès tente  de dépasser la représentation pour, selon ses propres termes, « aller vers quelque chose de plus grand, de plus cosmique. »

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Marques-géologie-smallBenjamin Marquès – Géologie XIX “SHIK”

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La série des Géologies est inspirée par le désert : « la terre nous donne des leçons de peinture et de vie », dit-il. Ses toiles peuvent aller jusqu’au monochrome. Dans les paysages sidéraux, dans le mariage du ciel et de la mer, dominent  le blanc, le bleu. Mais la couleur peut également être portée à son paroxysme : rouges éclatants, terres incandescentes, cieux enflammés des couchers de soleil sur les côtes portugaises de son pays natal.

Voyage dans la couleur qui est aussi un voyage au cœur de la matière. Matière tactile, matière alchimique, opacités granuleuses, cratères, boursouflures.  Huile et eau s’affrontent  pour s’apaiser dans des transparences, des lavis, des glacis.

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Marques-Traité-small Benjamin Marquès – Le Traité de Tordesillas

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Ce coloriste pratique aussi les dessins à l’encre noire, qui sont autant de rêveries telluriques, des suggestions de corps nés du sol, qu’on peut rapprocher des dessins érotiques d’André Masson. Gros plan sur un pli de chair, un galbe, une échancrure. Parfois purs graphismes, parfois allusions clairement identifiables. Dessins oniriques ou toiles alchimiques, on est frappé par la profonde unité d’une œuvre aux multiples facettes.

Texte de Françoise Py, maître de conférences à l’Université de Paris 8 en Histoire et Théorie de l’art

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Marques-dessin-smallBenjamin Marquès – Sans titre

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