Virginia Tentindo

tentindo

 

Née à Buenos Aires, Virginia Tentindo prolonge le surréalisme dans une œuvre anagrammatique où le corps  est un puzzle à déconstruire et à rassembler à l’infini. Ses sculptures aux purs contours se présentent comme une série d’emboîtements où la partie vaut toujours pour le tout. Hans Bellmer invitait le spectateur à désarticuler virtuellement ses poupées, et pour cela il mettait l’accent sur les jointures devenues organes à part entière. De la déconstruction métonymique du corps, Virginia Tentindo passe à une désarticulation effective. Le spectateur peut librement démembrer ses sculptures, les fractionner, les décapiter. Mais, paradoxe de ces œuvres ‘jouables’, leur extrême fragilité rend toute manipulation délicate.

(texte de Françoise Py,  Maître de conférences à l’Université de Paris 8 en histoire et théories de l’art)

Isabel Meyrelles

Artiste portugaise, vit et travaille à Paris

.

Isabelle-Meyrelles-La-LicorneIsabel Meyrelles – La licorne

$$$

Une esthétique du chimérique fédère ses œuvres. Eluard rêvait d’un monde où « les poissons chantent comme des perles ». Sa Licorne, son Chat-canard font écho aux femmes-panthères de Toyen, son Dragon stylisé est une sorte d’autoportrait qui évoque les autoportraits animaliers de deux femmes peintres, Remedios Varo ou Leonora Carrington.

Isabel Meyrelles trouve des solutions inédites à l’opposition entre éléments biomorphiques et éléments géométriques. Les seins ou le visage surgissent d’une surface lisse comme le verre. Parfois, un objet concret (instrument de musique, revolver, marches d’escalier) sert de matrice conceptuelle à l’œuvre. La forme du violoncelle a souvent inspiré les surréalistes  par son analogie avec le corps de la femme.

Isabel Meyrelles s’inscrit dans cette tradition, elle joue des purs volumes et donne à voir un corps féminin surmonté d’une tête d’oiseau.

$$

Meyrelles-pensive-face

Isabel Meyrelles – La cornue pensive


Peut-on obtenir une chimère sans recourir à l’animal ? Isabel semble le penser lorsqu’elle propose, mettant en volume un dessin de Cruzeiro Seixas, une jambe terminée par un pied se prolongeant par un bras d’où surgit une main. La courbe toute-puissante poursuivant son mouvement propre commande la métamorphose. Nulle référence ici qui soit directement animale. Et pourtant : « Bras qui reflète à s’y méprendre le col du cygne. » C’est Breton parlant de Miro, mais cette phrase pourrait tout aussi bien être un commentaire sur la jambe qui se fait bras dans cette sculpture d’Isabel.

$$

Meyrelles-piedMain

Isabel Meyrelles – Le pied et la main

.

Une Isabel qui n’oublie pas ses attaches lusitaniennes. La  sculpture intitulée Ulysse se veut un hommage aux grands navigateurs portugais qui, bien avant Christophe Colomb, partaient à la découverte de terres inconnues sur des embarcations de fortune. De part et d’autre d’une barre verticale (figurant peut-être le mât) un visage en demi-lune (notre héros) et une ancre de bateau. Cette circonférence évidée tient lieu de voile à une petite barque. Comment ne pas penser à la série de toiles que Benjamin a consacrées au périple de Vasco de Gama ?

Ses oeuvres sont parfois un hommage direct à d’autres surréalistes : ainsi, à la mémoire de Breton, un Révolver à cheveux blancs. Parfois elles sont nées d’un objet “trouvé” – clef, oeuf, coquillage – comme celui qui surmonte la tête de la Licorne. Etonnante licorne dont le corps est un serpent qui se mord la queue (“ouroboros”), formant en creux la forme parfaite d’un oeuf. Elle invite à la méditation.

(texte de Françoise Py,  Maître de conférences à l’Université de Paris 8 en Histoire et Théorie de l’Art)

$

Meyrelles-fantomes

Isabel Meyrelles – Fantôme du cardinal, Fantôme de l’éminence grise

.

Benjamin Marquès

.

marquès-marée-gravitique

Benjamin Marquès – Marée Gravitique.

..

Benjamin Marquès est un grand voyageur, héritier de la tradition des navigateurs portugais du XVIe siècle. Mais, dit-il, « les plus beaux voyages, je les ai faits ici dans l’atelier ». Ses toiles sont des cartographies imaginaires où surgissent des îles mythiques, ou des constellations, des planètes – Mars la rouge, par exemple.

Toute une série est consacrée aux Galaxies : périple intérieur autant qu’exploration visionnaire de l’infiniment grand. Les planètes visitées en songe acquièrent sur la toile une véritable identité avec leur géographie, leurs reliefs.  La rêverie va naître de la tache, véritable provocateur optique, faisant sourdre non seulement des planètes, mais aussi des continents disparus, des îles englouties, comme ces Hespérides refluantes surgissant du tréfonds des mers. Marquès tente  de dépasser la représentation pour, selon ses propres termes, « aller vers quelque chose de plus grand, de plus cosmique. »

.

Marques-géologie-smallBenjamin Marquès – Géologie XIX “SHIK”

.

La série des Géologies est inspirée par le désert : « la terre nous donne des leçons de peinture et de vie », dit-il. Ses toiles peuvent aller jusqu’au monochrome. Dans les paysages sidéraux, dans le mariage du ciel et de la mer, dominent  le blanc, le bleu. Mais la couleur peut également être portée à son paroxysme : rouges éclatants, terres incandescentes, cieux enflammés des couchers de soleil sur les côtes portugaises de son pays natal.

Voyage dans la couleur qui est aussi un voyage au cœur de la matière. Matière tactile, matière alchimique, opacités granuleuses, cratères, boursouflures.  Huile et eau s’affrontent  pour s’apaiser dans des transparences, des lavis, des glacis.

.

Marques-Traité-small Benjamin Marquès – Le Traité de Tordesillas

.

Ce coloriste pratique aussi les dessins à l’encre noire, qui sont autant de rêveries telluriques, des suggestions de corps nés du sol, qu’on peut rapprocher des dessins érotiques d’André Masson. Gros plan sur un pli de chair, un galbe, une échancrure. Parfois purs graphismes, parfois allusions clairement identifiables. Dessins oniriques ou toiles alchimiques, on est frappé par la profonde unité d’une œuvre aux multiples facettes.

Texte de Françoise Py, maître de conférences à l’Université de Paris 8 en Histoire et Théorie de l’art

.

Marques-dessin-smallBenjamin Marquès – Sans titre

.

Ljuba

Né en Bosnie Herzégovine,  Ljuba arrive à Paris en 1963.  Les écrivains ou critiques qui s’intéressent à son travail sont souvent liés au mouvement surréaliste.  Mais il est difficile de le rattacher historiquement à ce mouvement qui le précède. « Il chasse dans les environs » comme dit Sarane Alexandrian, reprenant la formule de Breton sur Picasso.

LjubaC’est dans un espace cosmique que se donne à voir son univers onirique. Il laisse loin derrière lui l’espace illusionniste de la Renaissance, aussi bien que l’espace bidimensionnel de nos modernes. Il part à la conquête des labyrinthes de l’air, il franchit les portes du visible, jusqu’aux dimensions inaccessibles à la conscience.  Dans un univers hors-échelle, il édifie des villes célestes aux jardins suspendus.  De grands nus diaphanes, ingresques, rappellent par leur présence que la peinture est aussi allégorie.  A la fois hymne à la beauté et memento mori  lorsque, du corps parfait menacé, nous ne voyons plus qu’un fragment.  Ce voyage dans la toile a ceci de très particulier  que, par une mystérieuse alchimie picturale,   le regard ne rencontre pas, face à lui, une matière fixe.  Sous les yeux du spectateur elle semble se diluer, se dissoudre,  tour à tour se durcir et entrer en fusion.  Il s’agit moins pour l’artiste de traduire un univers merveilleux ou fantastique que de vivre une aventure de l’esprit, d’explorer les limites de la peinture dans une conscience aiguë de son histoire et de son langage propre.  Peinture en acte, intensément vivante et actuelle dans sa dimension intemporelle.

(texte de Françoise Py,  Maître de conférences à l’Université de Paris 8 en histoire et théories de l’art)

Marc Janson

marcjansonMarc Janson fait jouer dans ses toiles un univers fantasmagorique qui se situe dans la filiation de peintres surréalistes tels que Yves Tanguy ou  Wolfgang Paalen.  Ses paysages cosmiques tourbillonnaires peuvent, de prime abord, paraître énigmatiques : hors temps, terre ou ciel, on ne sait, sans oublier l’eau multiforme.   Figuratives mais de quoi ? D’on ne sait quelles formes légendaires qui ne sont identifiables ni comme animales, ni comme végétales, mais qui sont toujours en mouvement, en proie à on ne sait quelles mutations.  “Une sorte de cosmos musical” pour Pieyre de Mandiargues, qui dit de cette peinture qu’elle l’enchante  (au sens le plus fort et le plus littéral, bien sûr).

Les couleurs ? A tendance monochrome, mais pas toujours, tons chauds se mêlant aux tons froids : “gris, gris bleu, ocre, ou parfois couleur du Radeau de la Méduse”, dit l’artiste. Et parfois striées,  comme on pourrait le dire de Zao-Wou-Ki, et, comme le reconnaît lui-même l’artiste, “de brèves et minces écritures grises”.   Les titres, poétiques, choisis pour leur fort pouvoir de suggestion, sont inspirés par des poètes ou des écrivains dont l’imaginaire, tout chargé des forces élémentaires, éclairé par la nuit, rejoint le sien : Borges, Tristan Tzara, Georges Bataille, Italo Calvino. Et puis, on ne s’en étonnera pas, Nietzsche et son Zarathoustra. Citons pour illustration : “Les lunes roses et vertes pendaient comme des mangues”. “Quand la flamme est couleur du vent”.  Allant, pourquoi pas, jusqu’à un alexandrin du Daumal de Contre-ciel :  “Et le sol qui vous porte a des lueurs de souffre”.

Patrick Waldberg décrit avec admiration “ces compositions luminescentes où saignent, ici et là, des blessures de phosphore, vols de lucioles égarées dans les limbes.”

(texte de Françoise Py,  Maître de conférences à l’Université de Paris 8 en histoire et théories de l’art)

Lou Dubois

Artiste français, vit et travaille à Paris

loudubois2

Lou Dubois se situe dans la lignée de Max Ernst et de Jacques Prévert  : collages, boîtes, trophées, assemblages. Chaque œuvre est un microcosme où, comme dans les cabinets de curiosités, le spectateur est introduit dans un monde fabuleux et déroutant qui défie ses repères. Poète en mots et en images, Lou Dubois vit entre Paris et l’Andalousie depuis 1982.

Loudubois1

«Lou Dubois, l’as du survol, vous démontre qu’un survolant n’est pas une cerf-voleur : c’est un sert-valeur qui serre vos leurres. Il décrit les rêves d’Orient et ses châtelains à la manière des peintres orientalistes d’antan, en des turqueries avec odalisques et animaux fantastiques. Il se plaît au contraste d’une vierge folle aux yeux provocants sous un loup de velours, à la nudité entrelacée de ramilles, avec des vierges sages gardées par un phoque et une girafe.
Dans le jardin des simples Cinisello, il a vu une femme dont le corps nu transparait sous des dentelles noires, la figure voilée par la main géante d’un jaloux, à coté de deux compagnes en deuil et d’une petite fille au chef orné d’une haute plume ondoyante, symbolisant son désir d’émancipation.

Car c’est la liberté, à conquérir ou déjà conquise, aux fantaisies fastes ou néfastes, qui est le sujet primordial de cette imagerie de tous les temps.

Où et quand ? Lou Dubois, l’inventeur de l’hilarographe et du nostalgicomètre, prouve qu’où est quand s’il n’y a plus d’accent grave sur l’u de l’où qui devient Lou. On n’a plus qu’à se demander : hier, aujourd’hui, demain… ou quand ? L’impossible est partout possible quand quand ou où ne sont plus des interrogations, mais des évidences imaginaires de l’espace-temps.»

(Texte de Sarane Alexandrian)


Remerciements à Françoise Pi et à la galerie Les Yeux Fertiles