Patrick Fischer

Arbre de vieLes toiles de Patrick Fischer nous rappellent l’intérêt que les surréalistes portaient aux peintres romantiques allemands ou aux symbolistes tel que Arnold Böcklin.

Au crépuscule, tout devient ombre, les êtres de chair se muent en spectres, l’arbre le plus sage paraît hanté (L’Arbre de vie).  L’obscurité qui dissout le formes ou les déforme est proche des Grands Transparents.  Parfois, le  noir s’irise dans une efflorescence (Décalcomanie).

A l’imaginaire spectral fait pendant un univers chimérique.  Ainsi le portrait de Leonor Fini, son amie pendant de longues années, en sphinge devisant avec un chat.  Ainsi ses femmes à tête de chat, ses chats à tête de femme.  On pourrait presque dire que Patrick Fischer métamorphose les chats en chats (voir ses innombrables portraits de chats), des chats qui laissent derrière eux leur sourire.

Philippe Briard

A travers la Forêt - Philippe Briard

A travers la Forêt - Philippe Briard

Les collages de Philippe Briard font se rencontrer des éléments qui ne cohabiteraient pas autrement. Le collage, à force d’accumulation se fait bizarre reliquaire, réceptacle de la mémoire de tous ces objets oubliés, abîmés, détériorés mais aussi voués à l’abîme.
La saleté, la patine, en se juxtaposant à d’autres matières, d’autres couleurs acquiert une teinte délicate et participe à l’ensemble.
L’envers et l’endroit ne sont plus que des conventions que l’on prend plaisir à bouleverser pour provoquer d’heureuses surprises. La peinture accompagne le collage, crée du lien, métamorphose une hypothétique rencontre jusqu’à l’authentifier ou bien au contraire, accentue le choc, amplifie le disparate.

Philippe Briard’s collages combine elements which would not otherwise coexist in another form.
In a continum of accumulation, the collage becomes a bizarre reliquary, holding the memory of forgotten objects, wrecked and destined to ruin.
Dirt and sheen, juxtaposed with other materials and colors, aquire a delicat tint and become part of the whole.
Right side up and upside down and are only conventions which makes us happy to shatter and therefore provoque strange and agreable surprises.
Painting is included in the collage, and creates a link, transforms an imaginary meeting of the elements into a true meeting or on the contrary, accentuates the shock, magnifies the disparate.

Adriana Popovic

Artiste serbe, vit et travaille à Paris

Esclave des oiseaux(Esclave des oiseaux)

 

Adriana Popovic n’est pas de ces artistes qui s’engagent sans projet et ne travaillent qu’à partir de leur seule intuition. Chaque étape de l’œuvre est le fruit d’une réflexion sans cesse remise en question. Un vrai chantier de fouilles où grattant couche par couche les filons de l’invisible, elle localise un par un les éléments de sa recherche pour les rassembler, dévoiler dans son ensemble la composition qui appartenait jadis à l’archéologie du futur.

Elle revendique un passé plastique dont les traces sont lisibles. Son absence d’innocence est cultivée. Elle s’affirme en opposition avec la modernité conventionnelle. Son propos n’est pas d’aborder son travail par une révolution formelle, mais de cautionner sa singularité par un apport mental, voire littéraire. Elle écrit ses sculptures comme Gustave Doré gravait les images de la Divine comédie ou de l’Enfer de Dante ou comme Camille Claudel enfantait ses allégories.
Son propos est d’illustrer ce que lui dictent ses mains. C’est une écriture en trois dimensions qui puise une partie de ses sources à l’actualité politique, sociologique, anthropologique, comme au surréalisme et à la science-fiction. Les références sont multiples et masquées car elles appartiennent aussi bien au monde du cinéma ou de la photographie qu’à celui de la peinture ou de la littérature.
Conviées par Adriana Popovic à son festin d’argile, les travailleurs de Salgado, La mort de Sardanapale de Delacroix, le Bene Gesserit du Dune de Frank Herbert ou l’idiot du Stalker de Tarkovski créent une collision d’idées et de concepts d’où émerge l’œuvre achevée.

Même s’il en est le principe moteur, Adriana Popovic ne se contente pas d’un simple achèvement plastique. Son travail est d’abord, surtout une mise en question de la condition humaine.

(Texte de Philippe Curval)